Les Carnets du Major Quinn - Catastrophe verboviaire



(JD, Carnet personnel, 2004, Extrait. Ce petit texte ayant été rédigé voilà près de six ans, toute relation de cause a effet avec des événements catastrophiques récents, au demeurant tragiques, est purement fortuite. En principe.)

Samedi 28 août 2004. Le train file dans la campagne. C'est peut-être la dernière fois que je prends le train. Mais il ne faut pas écrire des choses comme ça. Superstition. A cette même heure, partout de par le monde, des centaines de trains filent dans la campagne. Vers l'aventure ou non. Avec des milliers de passagers pour un certain nombre desquels c'est peut-être voire sûrement, statistiquement, le dernier voyage en train. Le dernier voyage tout court. Mais il ne faut pas écrire des choses comme cela, de peur que les mots ne fassent dérailler les trains, provoquant ainsi une CATASTROPHE VERBOVIAIRE.
Car les trains qui déraillent font à leur tour dérailler les mots de leurs lignes.
Et l'encre ne coule plus quand coule le sang qui soudain s'y mélange. Combien de carnets de voyage ne se sont-ils pas terminés ainsi par une rature tragique ?
En gare de La Louvière, pensée pour Mémé Roussel, tué ici-même.